De trop de peines

Publié le par Denis

De trop de peines

De trop de peines, de trop de chagrin
qu’on lui a mis dessus, 
le cœur est à genou, épuisé.

Comme un âne trop chargé 
il cesse d’avancer, ploie  
et met à bas tout ce qui l’encombre. 

Pêle-mêle se retrouvent à terre
la dernière dispute conjugale 
Le zéro pointé de la cadette, 

la honte du camouflet devant ses collègues
et le mauvais rêve du petit matin
qui l’a laissé tremblant d’effroi. 

Il se remet alors à battre joyeusement,
soulagé de ce fatras inconvenant
qui désormais gît sur le sol

Mais dès le lendemain se présentent 
d’autres soucis qui, sans vergogne, 
s’agrippent et lui grimpent dessus.

Il n’a d’autre solution pour leur échapper
que de devenir lisse comme ces cœurs
qu’il a vu suspendus aux sapins de Noël.

Il s’attache donc à polir toutes ses aspérités
à combler ses manques formant des creux
qui donnent des prises à ses assaillants.

Ce faisant, il se retrouve vite à son aise.
Tout glisse, plus rien ne l’affecte,  
il se sent léger comme jamais.

Mais un coeur que plus rien n'affecte
À tôt fait de battre dans le vide 
Et n’éprouver qu'inutilité et amertume. 

Ses faiblesses, ses creux, ses rugosités
se rappellent à lui, et il les accueille
comme un père des enfants disgraciés. 

Il prend garde néanmoins de faire un tri
et laisse seules le modeler 
les fragilités qu’il estime fécondes  

Il laisse les larmes le creuser
l’indignation repousser des crêtes
et le doute façonner des plis

Mais il ne laisse place ni à la colère,
Ni à la peur, ni à la haine, ni à la culpabilité 
ni à aucune passion triste qui l’embolisaient.

Ainsi sculpté, voit-il s’approcher de lui
subrepticement, des peines nouvelles, si légères
Qu’il leur fait même la courte échelle.   

Étrangement, plus il leur fait de place
Plus il s’élargit et plus il oublie ses limites
accueillant petites et grandes misères. 

Voilà même que la joie s’invite,
qui l’avait désertée autrefois
et il lui laisse la meilleure place. 

La joie qui prend sur ses genoux les peines,
les cajole, les console et les rend minces
comme des petites danseuses sur leurs pointes.  

Et le cœur allègre, allant bon train, 
chargé de tout son poids d’amour
se découvre bon palefroi en cette parade. 


De trop de peine, de trop de chagrin
qu’on lui avait mis dessus, 
Ne restent plus pour mesure

que les pieds nus des ballerines
qui dansent en cadence
un pas de deux, sur les battements de la vie.  

  
 

Publié dans 'poétie'

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Emilie 04/06/2021 14:12

Ces mots sont si jolis Denis ! Merci pour cette douceur. Mille bisous

denis 05/06/2021 23:16

Quelle douceur n'est plus exquise que celle acquise par l'effort, celui du cœur bien sûr !
Merci pour ton gentil commentaire et bon chemin de vie.

geneste 02/06/2021 17:19

merci pour ce poème qui m'a aussitôt fait penser à Apollinaire et à son Pont Mirabeau ( mais si mais si j'insiste sur le parallèle ) " la joie venait toujours avec la peine .... et comme l'espérance est violente ..."

denis 03/06/2021 18:49

Merci Isabelle de m'avoir permis de redécouvrir cet immense poème, qui m'a donné l'occasion aussi de mesurer ma petite musique à l'aune de celle d'Appolinaire, grandiose. On ne joue pas dans la même cour ????