Mon désir

Publié le par Denis

Mon désir

Poursuite de la série : "Pour en sourire" que j'espère enrichir durant ma marche vers St Jean D'Angelys en passant par le Mont St Michel puis Rennes, Nantes. On the way, again pour 5 a 6 semaines. 

 

Mon désir


Mon désir s’est un jour posé sur moi comme un papillon sur une fleur. 
Je me souviens. Il avait la forme d’un angelot dodu, rose et joufflu. 
Moi, j’étais un enfant aussi innocent que lui et je l’ai accueilli, bras ouverts.  
Depuis, il s’est révélé protéiforme endossant toutes sortes d’apparences. 

N’allez pas croire qu’entre mon désir et moi, la rivière s'écoule tranquillement. 
Nous vivons en bonne intelligence, certes l’un et l’autre conscient de notre devoir.
Lui n’arrête pas de me proposer des perspectives et des horizons alléchants. 
Moi, je mesure. Je fais la part des choses et ne m’engage qu’en terrain sûr.   

Quoique… Lorsqu’il a pris dernièrement la forme d’une montgolfière,
je ne me suis pas méfié. J’ai trouvé l’idée plutôt originale et je l’ai suivi.
Mais dans la nacelle il avait placé une personne dont il espérait beaucoup
pour me faire changer de vie et adopter un style disons plus léger.  

La personne eut sur moi beaucoup d’influence. Mon désir jubilait. 
Enfin, il me voyait emprunter des chemins fleurant bon la rébellion. 
Adieu les idées corsetées, les costumes stricts et les sentiments tièdes. 
Je me délectais des saveurs et des parfums inouïs de la transgression. 

Non content de m’avoir conduit sur ces terres exquises
il me fit entrevoir le très délectable et puissant pouvoir des mots 
en prenant la forme d’un livre qui déclencha en moi de telles émotions
que je n'eus de cesse de maîtriser moi-même ces mots qui émeuvent.

Il m'a encore maintes fois étonné, épousant des formes inattendues 
telles que l'assiette d'un grand cuisinier ou un tapis de méditation. 
Mais là où mon désir m’a le plus désorienté, c’est lorsqu’il s’est absenté. 
Soi-disant pour des raisons personnelles, mais je ne l’ai pas cru. 

A son retour, j’avais changé. Son absence avait fait naître le doute. 
Sans lui, tout était insipide. Rien ne méritait qu'on s'y attache. 
Et si mon désir venait à me quitter, comment pourrais-je vivre encore? 
Telle est la question qu'il avait souhaité me laisser en s'absentant.

J'ai tout fait alors pour qu'il s'attache à moi, trop sans doute. 
Cédant à tout sans réel discernement, les années passant, 
je me suis trouvé devoir composer avec un caillot logé dans mon cerveau. 
Je ne l'ai plus trouvé désirable du tout et je lui en ai voulu. 

Me resta de cet épisode, lorsque j'eus recouvré la santé, 
le sentiment étrange d'être un peu le jouet de mon désir
et je pris la décision, certes un peu abrupte, de m'en détacher 
afin de lui prouver qu'il n'avait pas l'entière maîtrise sur ma vie. 

Je le vis alors dépérir comme une prairie se dessèche au plein été. 
Il me faisait pitié avec ses airs d'orphelin errant dans une rue déserte. 
Je l'invitais alors à une fête, dont je n'avais plus eu le goût depuis longtemps. 
Nous dansâmes ensemble nous glissant de douces choses à l'oreille. 

Il m'entendis reconnaître qu'il était l'essence de ma vie. 
Lui me fit comprendre qu'il ne pouvait pas modifier sa nature
Ensemble nous décidâmes finalement de repartir du bon pied
donnant tort à tous ceux qui s'appliquent à conspuer leur désir
et raison à tous ceux qui entretiennent avec lui une relation autant affective que de raison. 

 

 

 

Prieuré St Thomas à Epernon

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G
joli dialogue avec le désir force de vie qui nous porte nous emporte nous transporte et nous offre cet élan vital qui nous fait cheminer dans cette vie en l'aimant malgré les peines et les obstacles , Par la puissance d'évocation de tes poéties, Denis , tu nourris en chacun de nous ce désir cette curiosité cette force et ce goût pour le beau et le bon . Merci Denis
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