VIEILLIR

Publié le par Denis

Vieille femme de Camille Claudel

Vieille femme de Camille Claudel

Vieillir n'a jamais fait de mal à personne. 
Souffrir, oui. Mais pas vieillir. 
D'ailleurs, à l'instant même où vous lisez ces lignes, tous, nous vieillissons. Vous le sentez ? 

Et il n'y a pas que nous. La planète, le système solaire vieillissent, l'univers entier prend des rides. Si on s'élevait très haut dans les galaxies, on verrait des étoiles avec des cheveux blancs dont certaines-mêmes sont au bout de leur vie. Notre soleil lui-même aura fini de brûler tout son charbon dans cinq milliards d'années. Rassurez-vous il y en a un autre en préparation.

Parce que tout se transforme, nos vies aussi dont on peut se demander si elles comptent à cette échelle, elles qui comptent encore avec leurs doigts, elles qui comptent surtout sur elles. 
Eh bien, la réponse est oui. Autant que les grandes ! Autant que la demi-vie du plutonium qui est de 80 millions d'années et qui lui aussi vieillit avant de disparaître, non sans mal, non sans avoir fait du mal, aussi. Nagasaki n'est pas si loin ! 

Tandis que nos vies, elles, traversent le temps, sans trop de dommages, en sept à neuf décennies, voire plus. Au début elles s'étaient vues allouer un maximum de cinquante ans et plus les temps avancent plus nos vies s'allongent. 

Vieillir prend de plus en plus de temps ! 
On résiste à devenir vieux. 
On veut bien vieillir, mais être vieux, ça non.  
On veut bien être rassasié de ciels, de chants d'oiseaux mais on ne veut pas être rassasié d'ans. Rassasiés de mets après un bon repas oui, mais pas d'années après une bonne vie. 

Et pourtant qu'est-ce que l'avancée en âge sinon une nage en s'avançant vers l'autre bord? 
Certains ont parlé de naufrage pour la vieillesse. C'est vrai qu'il y a des écueils sur lesquels se tiennent des sirènes malveillantes, les maladies, les accidents qui vous font finir en queue de poisson. Mais la plupart du temps, c'est parce qu'on arrête de nager. Plus envie... On laisse aux vagues le soin de pousser les corps. Et alors, ils s'échouent là où ils peuvent, comme ils peuvent. 
C'est ainsi que ceux qui nous attendent, de l'autre côté, ne peuvent que compatir à ces vies encore douloureuses, tandis qu'ils serrent dans leurs bras ceux qui se sont mis debout sur la plage après une traversée houleuse parfois mais semée de beaux gestes aimants et de paroles authentiques. Il leur est demandé à chacun de relever ceux qui ont fini comme ils pouvaient, les naufragés et les autres. 

Commence alors la séparation entre l'information et la matière qui nous constituent. Puis vient le temps de la grande redistribution et le retour sur l'autre bord des particules qu'attendent d'autres vies. Car aucune ne se perd. Toutes participent de la transformation d'un univers infini et cependant limité. 

Mais l'information reste. Chacun a fait ce qu'il a pu. Certains apportent une substance encore grossière quand d'autres l'ont rendue si subtile qu'elle va se mêler à la lumière pour féconder ce qui, en germe, cherche à faire advenir l'Homme, avec un grand F. 
Si vieillir n'a jamais fait de mal à personne, vieillir peut même faire du bien à tous. 

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G
vieillir tout un programme !notre époque le refuse de toutes ses forces et pourtant tu décris ce cycle inexorable qui touche tout ce qui vit sur terre et dans l'univers , tes paroles aident à l'envisager sous un angle plus serein Merci Denis
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