XX La branche et l'oiseau
L’oiseau ne revient pas.
A-t-il choisi une autre branche, un autre pays?
La branche ne le saura pas.
Elle se dit juste qu’elle n’a pas su le retenir.
“-Mais rien ne permet à une branche
de retenir un oiseau, sinon une cage”,
se dit la branche, gagnée par la tristesse.
“- Or, c’est la liberté de l’oiseau qui m’importe.”
Comment me réjouir de son départ,
de cette faculté qu’il a d’aller et de ne pas revenir,
moi qui suis attachée à l’arbre
comme une moule à son rocher.
Des mois passent et avec eux
le sombre automne et le glacial hiver.
Les premiers bourgeons la saluent
et la remercie d’avoir tenu bon tout ce temps
pour leur permettre de voir enfin le jour.
La branche qui en a vu des générations
sait que le temps leur est compté,
qu’après la fleur viendra le fruit
et qu’après le fruit viendra la chute.
Elle en a vu des fruits qui tous l’ont quittée, comme l’oiseau.
Alors elle se dit qu’il ne faut rien retenir.
Elle-même passera comme passent les oiseaux,
les fleurs et tout ce que la terre porte de vivant.
“- Sachons accueillir ce qui est”, se dit-elle,
au moment même où un oiseau inconnu d’elle
pose délicatement ses pattes entre les bourgeons.
“Puis-je”, dit l’oiseau? “Faites donc”, dit la branche, ravie.
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