Les intrépides
Son maquillage a comme glissé sous l'œil.
Le rose n’a pas eu le temps de virer au noir.
La lame brillante glissée dans sa jeune chair
a suivi de trop près les poings qui s’étaient abattus.
Elle avait 20 ans et une espérance folle
dans cette nouvelle vie à Ciudad Juarez
la ville des maquiladoras et de la drogue
où l’on assassine sans retenue ni sanction.
Les anciennes couturières l’avaient alertée :
“C’est un risque de prendre la tête du syndicat.”
mais d’autres plus jeunes l’y avaient poussée
ébahies par son charisme et sa ferveur.
C’est l’assassin lui-même, un jeune bellâtre
qui atterré par son geste a prévenu la police.
Il n’est pas allé empocher les dollars promis
Le regard pénétrant de la jeune fille l’en a empêché.
Grâce à l’urgence des secours, elle est sauvée.
Devenue l’égérie des laissés pour compte de Juarez
Elle le retrouve à sa sortie de prison, transformé.
Il a mis à profit le temps pour étudier dans les livres.
Il lui dit que c’est son regard qui a arrêté la lame.
Jamais il ne s’était senti aussi lâche et misérable.
“- Pourquoi as-tu fait ça”, n’a cessé de crier une voix intérieure
qui depuis l’a dépouillé de tout appétit pour la violence.
Il veut découvrir le secret de ce regard qui transforme.
Il veut lui aussi éprouver cette assurance et ce calme.
Il veut apprendre auprès d’elle à n’avoir plus peur.
Il veut devenir son garde du corps et la protéger.
Elle lui répond qu’il a mieux à faire, mieux à vivre.
“- Témoigne, lui dit-elle, de cette transformation
auprès des englués dans la poisse de cette ville.
Regarde-les et tu verras toi aussi leur vraie nature.”
‘L’assassin et la victime’ comme disent certains
sont aussi adulés par les uns que l’espoir regagne
que pourchassés par les autres qu’ils contrarient.
On les connaît ici sous le nom de ‘Los intrepidos’.
/image%2F1034730%2F20251203%2Fob_6d8b0c_ciudad-juarez.jpg)