On ne fait pas tout bien
On ne fait pas tout bien
Ce moustique écrasé au moment où sa trompe perce notre épiderme,
C’est une vie qu’on enlève.
Cette branche en travers de notre chemin que l’on brise
C’est un arbre qui saigne.
Ce galet blanc pris à la plage qui pèse sur la pile de notre courrier
C’est un arrachement à ses frères.
On ne fait pas tout bien.
Sans le savoir, sans le vouloir.
Et on fait bien
de ne pas tout faire bien,
sinon on serait des anges, pas des humains.
Et encore, on ne sait pas s’ils font tout bien, les anges.
On sait juste qu’ils ne se font pas la guerre.
Et ça, il faudrait quand même qu’on essaie de ne plus la faire.
C’est difficile car ça commence petit avec le jouet qu’on se dispute.
Et devenus grands c’est la frontière qu’on finit par se disputer.
C’est toujours à la frontière que ça se passe, là où ça frotte.
Les anges ont cet avantage sur nous, c’est que chez eux,
c’est lisse, ça glisse, ça ne frotte pas.
De là à penser qu’il faille arrondir les angles
pour empêcher la violence, il n’y a qu’un pas.
Mais pour arrondir, il faut tailler dans le vif du sujet
Et le sujet, c’est justement le désir, le désir mimétique.
Je désire ce que l’autre a : ses jouets, sa terre, sa beauté.
Les anges ne sont pas tentés. Ils n’ont ni terre, ni jouets.
C’est tentant de devenir des anges. Ils sont tous beaux.
Mais notre beauté à nous, c’est justement de nous tenir sur la terre
avec ce désir qui nous fouaille et nous appelle à être.
Être des êtres de chair qu’habite le désir d’aimer
Un désir qui nous traverse et contre lequel on ne peut rien.
Ce n’est pas le désir de tuer qui fait de nous des humains
C’est le désir d’aimer qui résiste en nous, même nié, même maltraité.
On ne fait pas tout bien
On n’est pas des anges
Mais au pire des heures sombres, la voix est là
qui nous appelle à choisir d’aimer plutôt que de rejeter ou de haïr.
C’est notre lot ; ouvrir grand les oreilles du coeur
pour laisser passer la voix humaine qui nous tient debout.
C’est le fardeau dur à porter de tous les assassins,
de tous les autocrates qui conduisent les peuples à s’entredéchirer.
Ils doivent lutter contre cette voix qui les appelle à aimer,
eux qui pensent s’élever en marchant sur les morts.
Il y a ce qui nous traverse, contre lequel on ne peut rien
et il y a ce qu’on en fait.
On ne fait pas tout bien, mais pour tenir debout entre le ciel et la terre,
le mieux c'est peut-être de garder nos oreilles bien ouvertes
pour entendre cette voix d’ange qui nous appelle à aimer.
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