Autant que possible

Publié le par Denis

Autant que possible

 

 

De même que l'arbre supporte la sècheresse

autant que possible, avant de mourir,
les désespérés auront supporté leur souffrance
autant que possible, avant le dernier geste. 

Autant que possible, ils auront conjugué
le désir de faire corps à la vie
avec celui de rejoindre les bras accueillants
de celle qui leur promettait de ne plus souffrir. 

Comme l’arbre laisse à ses pieds des feuilles sèches
ils laissent derrière eux des feuilles noircies
où ils disent avoir aimé la vie autant que possible 
et qu’elle leur a été une bien piètre amante. 

Le mal qui les ronge n’est pas celui de vivre
C’est celui de mal vivre et s’ils gardent sous la main une lame
où s’ils rêvent d’arbres au bord des routes
c’est pour s’assurer que la porte reste toujours ouverte. 

Plus encore que ceux qui partent
ayant le sentiment d’avoir accompli leur tâche,
aimons ceux qui ne sont pas arrivés au bout de leur vie,
à cause de leur peine à la vivre. 

A quoi sert de chanter la vie
si les désespérés s’en sentent exclus. 
A quoi sert de poser des mots sur une page
si le fil qui les relie n’inclut pas la corde qui les a libérés. 

Le mystère est entier qui ouvre sur l’inconnu.
La porte qu’a décidé d’ouvrir le noyé, le pendu, le défenestré,
la lourde porte a longtemps résisté sur ses gonds.
ne cédant qu’au bout d’un effort surhumain.

Il faut dire cet effort qui parfois dépasse l'héroïsme ! 
Je voudrais chanter la désespérance du désespéré
comme on chante l’espérance d’une libération.
L’une et l’autre sont si profondément humaines.
 
L’une et l’autre sont même le propre de l’homme ;
se défaire de sa vie comme on se défait de ses chaînes.
Ô comme je voudrais être celui qui les accueille
de l’autre côté, avec des gestes bons et doux. 

Comme j’aimerais leur dire qu’ils n’ont pas démérité.
Comme j'aimerais les laver de toute culpabilité
leur rappelant que, dans la tourmente, la barre du bateau 
échappe parfois au barreur, envoyant les marins par le fond. 

Jamais, pour ceux derrière lesquels s’est refermé la porte,
nous ne sauront s’ils regrettent de l’avoir poussée. 
Notre désespérance à nous fait pâle figure
à côté de la leur, exposée aux entrailles de la terre.  

Jusqu’au bout, ils auront tenté de vivre leur vie, dignement,
fait mentir ceux qui affirment que rien n’est donné à vivre
qui soit au-dessus de nos forces.
Ils auront vécu autant que possible,

 

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