XIV - La branche et l’oiseau
Ils sont venus, ils ont jaugé.
Décision a été prise d’élaguer l’arbre
afin d’équilibrer la ramure et de contrôler son volume.
Une controverse est née pour savoir si la branche
qui supporte le nid des oiseaux peut être préservée,
alors qu’elle est hors du périmètre assigné.
Les uns disent que ce qui compte est la mesure.
C’est elle qui évite les débords du vivant
et lui permet de se tenir en harmonie.
Les autres disent que la vie est sacrée
et que la mort d’oisillons condamne d’avance
qui s’aviserait de couper la branche où il se tiennent.
Après d’âpres débats d’où la sagesse s’abstient,
un compromis est trouvé au goût amer de la raison.
Le nid est déplacé, la branche est coupée.
Les parents désorientés volent deci delà,
un ver dans le bec, n’osant s’approcher
de ce nid qu’imprègne désormais l’odeur du danger.
La nouvelle branche a beau se rendre accueillante,
le nid, comme exilé de sa patrie, peine à s’y accrocher
et se retrouve emporté par la première rafale.
Le vent souffle ce soir dans le feuillage épars de l’arbre
et l’on ne sait si c’est de la perte de ses branches
ou de son nid que lui vient cette plainte déchirante.
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