UNE HISTOIRE DU TEMPS

Publié le par Denis

UNE HISTOIRE DU TEMPS

Il fut un temps où le temps se confondait avec l’éternité, c’est-à-dire qu’il n’y avait tout simplement pas de temps. 

Or il s’est trouvé qu’un morceau de cette masse informe, insécable qu’est l’éternité s’est détaché, entraînant avec lui tout un tas d’événements improbables. 

Le temps était devenu une réalité palpable, avec un passé, un présent, un futur dans lesquels chaque chose a été conviée de prendre sa place, les étoiles comme le reste. 

L’une d’elles, peut-être plus avisée que les autres, comprit tout l’intérêt de cette partition de l’éternité pour la décliner à sa manière. Elle se fît l’hôte de la vie,

la vie qui ne rêvait pas moins que d’un lieu où elle pourrait s’inscrire dans le temps tout en restant attachée à l’éternité. 

Elle portait en elle cette capacité unique de se reproduire qui lui permettait de jouer avec le temps, de le défier comme de s’en faire un allié. 

La vie se développa donc sur terre en un temps record. Une urgence l’habitait qu'elle-même ne comprenait pas.

Et ce n’est qu’à l’apparition de l’être le plus abouti de l’évolution, qu’elle saisit pourquoi une telle hâte s’était emparé d’elle.  

Cet être était celui qui devait établir le pont entre ce bloc de temps séparé, rythmé désormais par l’implacable mouvement des planètes et l’éternité d’où il venait.  

La terre l’avait bien compris, qui se voyait déjà celle par qui la matière dispersée dans l’univers allait devoir transiter pour retrouver sa matrice, son eden. 

Tout cela grâce à la vie qu’elle abritait! Non qu’elle pensât en tirer un profit pour elle-même, mais voir son nom attaché à ce pont vers l’éternité ne lui était pas indifférent. 

Encore fallait-il que cet être, dit le plus abouti, soit à la hauteur de la situation, développe effectivement cette capacité à relier terre et ciel, matière et lumière. 

Or, il ne semblait pas donner tous gages de fiabilité auxquels la vie comme la terre auraient pu s’attendre, vu ses immenses capacités. 

Il se fourvoyait dans des conceptions utilitaires de son existence, mettant son génie au service d’une matérialité qu’il voyait comme le socle de sa propre gloire.

Au lieu de développer ses capacités à relier les mondes visibles et invisibles, il se mit à chercher comment le temps pouvait jouer en sa faveur. 

Il pénétra de plus en plus les lois fixant les relations entre l’espace et le temps, allant jusqu’à maîtriser la désintégration de la matière pour en faire une force ultime.  

La vie, voyant courir à sa perte celui qui était désigné pour opérer, dans le laboratoire du temps, la jonction avec l’éternité,

ne put qu’assister à une nouvelle extinction des espèces auxquelles elle avait patiemment donné naissance et parmi elles, celui qui en était le fleuron. 

On prétend que la terre, n’ayant pas renoncé à son projet, a incité la vie à reprendre le cours de l’évolution à partir d’un fragment oublié dans une des ses poches, d’où elle peut renaître. 

On prétend que la vie aurait répondu favorablement non sans chercher les raisons pour lesquelles l’être le plus abouti de son évolution l’a déçue, trahie. 

Peut-être était-elle allée trop loin en le laissant libre de choisir sa destinée sans lui donner accès à toutes les clés de la connaissance. 

On prétend que viendra le temps où un être parcourra à nouveau la planète terre, doué d’une intelligence nouvelle

et que dans la continuité du temps, se sera développé entre lui et la planète qui l’abrite un amour tel qu'il tutoiera les anges 

allant et venant sur leurs ailes entre la terre et le ciel, parcourant à loisir tout l’espace entre le temps et l’éternité.

On dit même que la vie, qui n'aurait pu exister sans ce bloc d’éternité détaché pour elle, s'est félicitée d'avoir cru en cet être, le plus abouti.  

On ne sait cependant pas si cette histoire est celle d’un temps que nous connaissons, qui est le nôtre, ou celle d’un autre temps qui est à venir. 

 

Publié dans 'poétie'

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