La sève et le sang
Ce que le sang doit à la sève,
c’est d’acheminer patiemment vers la lumière
le désir souterrain de la terre.
*
La sève s’étonne de ce que le mauvais sang puisse exister,
elle, totalement étrangère au mauvais.
*
On peut sucer la sève tout comme on peut sucer le sang
mais l’état d’esprit n’est pas le même.
*
Si le sang venait à s’enorgueillir d’irriguer la plus évoluée des matières,
la sève lui répondrait immédiatement qu’il n’est rien sans elle
qui du désir de la terre pour la lumière en fait son aliment?
*
Pour la sève comme pour le sang, l’eau est la patrie.
Ils ne s’en réclament jamais,
mais ne pourraient pas vivre en dehors d’elle.
*
Quelque part en toi, le sang sait ce qu’il doit à la sève
ne serait-ce qu’au moment où tu consommes le pain.
*
L’eau venant à manquer, la sève ne monta plus.
Le sang finit par crier famine.
*
La sève et la sang ont fait de la terre une planète au cœur battant.
*
Si la sève n’avait pas eu le goût du miel
le sang n’aurait pas eu ce goût de ciel
*
La sève ne se retrouve que dans l’aspiration vers le haut.
Le sang, lui, ne fait que répondre au injonctions du coeur
qui lui commande d’aller partout où la vie le réclame.
*
La sève et le sang ne sont-ils pas les passagers des mêmes veines
que la vie emprunte pour porter la nourriture à toutes ses espèces.
*
Aucune sève ne pourra jamais remplacer le sang
ni aucun sang ne pourra se substituer à la sève.
Ils ont été choisis à dessein.
*
Par la blessure,
sève et sang se répandent indifféremment sur le sol.
Également il les absorbe à la première pluie.
*
Entre la sève et le sang, la couleur rouge ;
celle des naissances et celle du crime .
*
Si le sang attire le sang
La sève, elle n’attire que les papillons.
*
Dans chaque goutte de sève la plante toute entière
Dans chaque goutte de sang, toute la mémoire en plus.
/image%2F1034730%2F20251221%2Fob_fb4355_papillon-et-fleur.jpg)