Force et faiblesse
Il y a très longtemps de cela,
la force était le seul principe
dans les cieux et au delà
par lequel tout était engendré.
Dans le vide naissaient des cailloux
qui devenaient des planètes,
certaines si compactes et si denses
qu’elles en prenaient feu.
D’autres si ternes et froides
qu’elles en devenaient des glaçons.
Tout était cependant si structuré, si solide
que cela semblait taillé pour l’éternité.
Est-ce dans un moment d’abandon
ou par simple étourdissement,
la fatigue l’avait-elle saisie,
toujours est-il que quelque part,
dans l’eau d’une planète bleue
fut engendré une petite chose
vivante, aussi fragile qu’inattendue
dans le puissant et vaste univers.
La force, dans un premier temps
ne reconnut pas sa paternité.
Et puis elle se laissa gagner
par son innocence et sa grâce.
Elle comprit intuitivement
qu’elle devait faire place à la faiblesse
sans qui la vie ne serait pas apparue
et n’aurait pu se reproduire.
Elle observa la vie se développer
et fut émue par sa précarité,
elle qui n’avait jamais connu
ni le doute, ni la maladie, ni la fin.
Mais elle constata également
à mille détails parfois anodins
qu’une force insoupçonnable habitait la vie
ne laissant aucun doute sur sa filiation.
C’est ainsi qu’elle dut apprendre
à reconnaître et à cohabiter avec la faiblesse
pour permettre à la vie de se diversifier
avec et grâce à toutes ses fragilités.
Certains êtres vivants des plus récents
en viennent même à expérimenter
que la faiblesse est force
et la force est faiblesse.
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