Prison
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Dans le plus terne des parloirs
deux hommes se font face,
l’un visiteur de prison,
l’autre détenu pour viol.
Il reste sans jugement,
celui qui vient du dehors,
devant l’aveu exprimé
du tréfond par ce dernier.
- “Je sais le mal qui me ronge.
Ce que j’ai fait, c’est ignoble.
Mais un petit cul d’enfant
comme c’est bon, c’est bon !”
Entre eux il y a désormais
l’image d’une chair violentée
dans laquelle sont imprimés
les barreaux de sa propre prison.
Il lui avoue qu’elle le hante
jusque dans ses nuits.
Il ajoute qu’il ne sait pas
s’il ne recommencera pas.
Il a fallu des années au visiteur
pour recevoir sans sourciller
la boue d’une âme qui a trempé
dans l’ignoble et le sordide.
Il sait que seule la lumière
peut consumer les ténèbres.
Lui-même a passé un long temps
à les faire reculer en lui.
Il ses souvient des moments
où tout aurait pu basculer
dans sa propre vie chaotique
et des mains qui l’en ont prémuni.
Le silence les enveloppe
comme une laine dense
à travers laquelle d’autres mots
n’ont pas besoin d’être prononcés.
Le visiteur reviendra
avec ce même regard
et cette même présence
qui repose l’âme du condamné.
Ce dernier sait qu’il lui faut effacer,
en lui, les barreaux qui l’enferment
avant que ne s’effacent devant lui
ceux dressés par la pénitentiaire.
A chaque visite, un peu de lumière
pénètre l’obscurité qui résiste.
Peu de mots sont échangés,
seuls les regards sont des leviers.
A sa sortie définitive, la lumière l’éblouit
celle du jour et celle qu’il a en lui.
Les soins se poursuivront dehors
comme l'indique l’obligation médicale.
Le visiteur apprendra des années après
que le prisonnier s’est marié
et que ce jour là les vitraux
inondaient de lumière la petite église.
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