La pierre qui sourit
version audio de La pierre qui sourit
à Eugène Guillevic
La pierre lui avait souri
et il ne savait que faire de cet espace
ouvert en lui comme une faille vers l’inconnu.
Devait-il voir cet instant hors de l’entendement
comme une visite fortuite du monde minéral
dans le monde du vivant qui est le sien
ou devait-il considérer que la pierre
en lui souriant, voulait lui signifier
qu’elle était, elle aussi, partie du monde vivant?
Et pourquoi la pierre l’avait-elle choisi, lui,
pour oser franchir la barrière qui sépare les mondes
et lui présenter ce sourire désormais ineffaçable.
Surement savait-elle qu’il était, de tous les poètes,
le plus intime de la roche et du granit,
le sachant issu du même noyau de braise.
Surement savait-elle que lui seul pourrait traduire
cette tendre irruption d’une pierre effrontée
dans l’esprit d’un poète amoureux de la terre
au point de la serrer contre lui
jusqu’à faire saigner sur la page
des mots sauvages empruntés à la roche.
Or savez-vous comment il traduisit cet épisode
d’un presque rien dévoilant le Tout,
ce moment où la pierre fit irruption dans sa tête?
Lui, le poète aux accents telluriques,
chantant une planète terraquée
écrivit ces simples mots, les adressant à chacun :
Si un jour tu vois
Qu’une pierre te sourit
Iras-tu le dire?
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