L’étreinte

Publié le par Denis

L’étreinte
L’étreinte

D’où lui vient cet étrange malaise?
L’arbre embrassé ne sait plus où se mettre. 
L'empreinte des larmes contre son écorce
et cette pression de deux bras l’encerclant
ne laissent pas de l’interroger.  

Non qu’il veuille absolument être libéré 
de cette sensation aussi douce qu’étrange
mais il eut préféré avoir été préparé
car, de mémoire d’arbre, on ne se souvient pas
qu’une telle étreinte pût avoir lieu.

A travers les mots murmurés
l’arbre comprend qu’il a été élu, lui,
pour recevoir le plus beau cadeau
qui puisse être adressé à un arbre :
le nom de l’être aimée précédé de “ je t’aime” ! 

Lui, le végétal ligneux où court la sève
est désormais parcouru par une parole
qu’il se sait en devoir de transmettre. 
Mais à qui ? Ses racines restent sourdes
sous la terre dévastée par la guerre. 

Alors il la confie au vent. Au vent fantasque 
qui l’emporte avec lui dans une bourrasque.
Et voilà que ces trois mots “ je t’aime”
tourbillonnent désormais dans l’air
sans savoir ni où aller, ni où se poser. 

Et les voilà qui rejoignent d’autres “je t’aime”
qui comme eux voltigent de-ci, de-là
comme des papillons portant sur leurs ailes
un même message d’amour et de larmes, 
fruit d’étreintes nées dans la douleur.

Et les voilà qui croisent celui d’une femme 
serrant la photo de l’aimé, emprisonné.
Puis celui d’un homme élevant une pierre 
sur les décombres où gît son amour 
et le “je t’aime” d’un couple devant les restes d’un autel. 

Et toutes ces étreintes se retrouvent 
en un même geste d’élévation
où tragique et beauté se rejoignent  
au dessus de ceux que la vie destine à aimer,
quoi qu'il leur en coûte. 

Et la pierre et l’arbre seront gravés
afin que l’amour insondable
qui habite ces êtres de chair 
se perpétue au-delà de la mort.  
Car ainsi en a voulu la vie. 


 

Publié dans 'poétie'

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