Les sentinelles

Publié le par Denis

Les sentinelles

Situées à bonne distance des pèlerins, en contre haut du chemin, nous les voyons avancer.

Peu se plaignent. Ils ont fait le choix de marcher. Ils sont animés d'un désir singulier qui les pousse. Certains ont attendu des années, d'autres sont partis sur un coup de tête.

"Je marche par défi à mes pieds, à mon corps"

"C'est un cadeau que je me suis offert pour ma demi vie à venir, la plus belle"

"Je marche pour colmater la fuite par laquelle s'est échappé mon travail et ma femme qui a suivi. "

" Je marche sur un chemin de foi, dit le jeune prêtre"

"Je marche fou de douleur, après l'accident mortel de ma future épouse trois semaines avant notre mariage"

"Je marche simplement pour éprouver la vie simple."

"Je marche pour que le ciel allié à la terre me tienne lieu d'ivresse à la place de la boisson qui a détruit ma vie."

"Je marche ici tous les ans depuis dix ans, trois semaines, pour me vider la tête"

"Nous marchons pour être ensemble, pour nous aimer"

"Je marche pour retrouver la symbiose avec le vent, les arbres, les fleurs, les parfums."

"Je marche parce que j'aime les rencontres que l'on fait sur le chemin."

"Je marche depuis 7 mois. J'ai 25 ans et le chemin est devenu un peu ma vie. Petit, je me souviens marcher dans les labours avec mes petites jambes pour rattraper mon père."

"Je marche, avec ma maladie, pour pouvoir mieux aider les autres personnes bipolaires comme moi"

"Nous marchons parce que c'est ce que le catalogue de 'travel' offrait de plus 'exciting', et nous avons nos sacs portés à l'étape et le piquenique apporté par le 'car'."

"Je ne sais pourquoi je marche si ce n'est par impérieuse nécessité. J'aurai peut-être la réponse à l'arrivée."

C'est un peu d'une humanité en marche dont nous sommes les humbles sentinelles.

Lorca, le 2 mai 2016

Toute ma gratitude à Juan José de l'albergue de Lorca qui m'a fourni la couverture pour la nuit, de la musique d'opéra à l'arrivée, un excellent repas et un sourire à remettre debout un pèlerin moribond, qui n'était pas moi, rassurez-vous, mais un monsieur âgé en fort surpoids qui n'avait pu atteindre l'étape prévue à Estella, quelques kilomètres plus loin.

Publié dans Compostelle

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mitev 05/06/2016 10:51

c'est très gentil, mais un peu trop "religieux " pour moi : j'ai fait une marche semblable.. sur le GR 5 qui va "de la Hollande à la Méditerrannée," à travers de belles montagnes....