Une fable de laine

Publié le par Denis

Une fable de laine

- Revenons à nos moutons, qu’en est-il?

Ils broutent, ils prospèrent, 
ils nous fournissent leur laine, 
nous les comptons chaque soir
et il n’en manque pas un seul. 

Alors, où est le problème ?”

C’est que … ils ne sont plus d’accord
de se laisser tondre comme des moutons.
Hier soir, je les ai entendu bêler 
et ce soir ils rebêlent encore. 

Et que veulent-ils ? 

Ils veulent tisser eux même leur laine
et la vendre sans intermédiaires
qui, disent-ils, non sans raison
leur mangent la laine sur le dos

et que proposez-vous ? 

Je propose d’accéder à leur demande
et de leur fournir le matériel nécessaire
qui fonctionne avec des puces
dont nous gardons l’entière maîtrise. 

Comment allez-vous faire ?

Nous allons les former sur nos machines
et ils vont travailler plus vite
et surtout moins cher qu’ici.
Vos bénéfices vont s’en ressentir ! 

Et bien, mon cher, allez-y, faites donc ! 

Par bateau, châles et pulls sont arrivés
couvrant tout ce qui pouvait l’être
et même au delà, noyant sous la laine
toute une génération avide de douceur

Mais où sont mes bénéfices promis ?

C’est que … le transport, voyez vous,
et les taxes et les frais de douane, 
tout ça est venu s’ajouter à la laine
prise sur le dos des moutons

Alors faites venir les moutons ici ! 

Les moutons sont venus, docilement,
s’installer dans des parcs à moutons 
qu’il fallut agrandir au fil des ans
car des agneaux leur naissaient, naturellement

J'entends parler d'insoumission, qu’en est-il? 

C’est que les agneaux ont décidé
de ne plus donner leur laine.
Nous ne pouvons la leur prendre de force.
Alors nous cherchons un palliatif. 

Renvoyez les récalcitrants dans leur pays !

C’est que… nous y avons bien pensé, 
mais les pays d’origine n’en veulent pas. 
Ils les disent pervertis par nos coutumes
et qu’ils ne pourront plus s’adapter chez eux. 

Écoutez, il y a bien une solution, non ! 

J’en vois une mais je doute qu’elle vous satisfasse.
Il faut renoncer à leur prendre la laine sur le dos
les laisser vivre comme bon leur semble
et faire commerce d’autre chose. 

Mais les gens ont besoin de laine !

Certes, mais le prix n’est plus compétitif
Le coût des pulls devient trop élevé
en raison du coût social qui grimpe
et met nos institutions en danger. 

Que proposez-vous alors ? 

Vendez et investissez dans le chocolat !  
Le chocolat pousse sur des arbres
que vous aurez tôt fait d’exploiter à votre profit
car ils n'entreront jamais en contestation. 

Ce qui fut fait, et assura pour quelques temps prospérité
à celui que sa bonne fortune n’empêcha pas
de compter sur les moutons pour s’endormir, 
tant sa richesse l’avait rendu anxieux. 

Les moutons, ceux d’ici, s’intégrèrent à leur milieu
sans plus jamais redouter d’être tondu
car bientôt, la laine ne leur poussa plus sur le dos
faisant d’eux des citoyens comme les autres
que leur pays finit par ne plus leur manquer.  


 

Publié dans 'poétie'

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article