Marcher au long cours

Publié le par Denis

Marcher au long cours

Pèleriner vers Compostelle, c'est aussi marcher au long cours.

C'est n'être préoccupé en rien du but à atteindre, mais du seul mouvement de ses pieds qui embrassent le sol à chaque pas, y déroulant amoureusement, dans un mouvement courbe, toute la plante avant de le quitter, pour mieux y revenir après un bref passage aérien.

C'est éprouver la joie de sentir les articulations des chevilles, des genoux, de la hanche glisser sur l'huile de leurs cartilages tendres.

C'est enrouler un fil invisible dont une extrémité est accrochée à la statue de Saint Jacques à Santiago. L'autre passe par le ventre et disparait en soi au fur et à mesure, non sans exercer une léger appel vers l'avant.

C'est sentir le lent mouvement de clarification de l'esprit, qui renonce à la lie dont il est encombré, l'abandonnant volontiers pour garder l'essentiel et laisser place au nouveau.

C'est retrouver la légèreté dans son corps grâce au départ progressif des cellules encombrantes, nichées dans les greniers où sont accumulées nos réserves. 

C'est avoir le plaisir de voir se redessiner sur son corps des courbes que l'on croyait perdues.

C'est laisser le cadencement des pas bercer son esprit sur le berceau de la terre. Le ciel, pardessus, promène ses édredons derrière lesquels joue le soleil, dessinant ici l'ombre et là, la lumière.

C'est reconnaître l'altérité de chacun à travers son pas, y mêler le sien le temps d'une bordure de genêts ou de toute la course du soleil, avant de reprendre chacun son chemin.

C'est passer du statut de marcheur à l'état de marchant, le nez en l'air, pleinement, heureusement.

Marcher au long cours, c'est tout cela et tant d'autres choses dont chaque église, pont, allée, fontaine garde la mémoire et ne la délivre qu'à ceux qui viennent au devant d'eux.

Sahagun le 13 juin 2016

Tous mes remerciements aux soeurs bénédictines de Santa Clara qui m'ont accueilli dans leur monastère entièrement rénové, permettant aux pèlerins de trouver du silence et un confort modeste dans des lieux très bien tenus, le tout bien en phase avec la simplicité dont leur vie est empreinte.

 

English version

Pilgrimage to Compostela is also a long walk-going.

It means being preoccupied in no way with the goal to reach, but with the sole movement of our feet, which embrace the ground at every step, lovingly unrolling the whole plant in a curved motion before leaving it, and come again after a brief aerial passage.

It means experience the joy of feeling the joints of our ankles, knees, hips slide over the oil of their tender cartilages.

It means wrapping an invisible thread, one end of which is attached to the statue of Saint James in Santiago. The other passes through our belly and disappears in itself as it goes along, not without a slight forward pulling.

It means feeling the slow movement of clarification of the mind, which renounces the dregs that encumbered it, abandoning it willingly to keep the essential and leave room for the new.

It means regain the lightness in its body thanks to the progressive departure of the bulky cells, nested in the granaries where are accumulated our reserves.

It means having the pleasure of seeing again on our body the draw of some curves that were thought lost.

It means allowing our footsteps rock our mind on the cradle of the earth. The sky, overcoat, walks its eiderdowns behind which the sun plays, drawing here the shadow and there, the light.

It means recognize the otherness of each one through his footsteps,  mix his own,  the time of an edge of broom or of the entire course of the sun, before separating on each way.

It means to pass from the status of walker to the state of walking man or woman, nose in the air, fully, fortunately.

Long walk means all that and so many other things that every church, bridge, alley, fountain keeps the memory and delivers only to those who come to meet it.

 Sahagun le 13 juin 2016

Many thanks to the Benedictine Sisters of Santa Clara who welcomed me to their completely renovated monastery, allowing the pilgrims to find silence and modest comfort in very well kept places, all in tune with the simplicity of their lives footprint.

 

Publié dans Compostelle

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kunz 16/06/2016 10:06

chaque jour je te suis, mais aujourd'hui je marche avec toi tant ton commentaire aurait été celui là si un jour par bonheur je le fais.
Bonne route
toinette

Denis 16/06/2016 17:34

Merci beaucoup Toinette.
Je t'emmène un peu dans ma doublure