Le pont roman

Publié le par Denis

Le pont roman

On m'appelle ainsi en raison de mes arches en plein cintre qui permettent depuis des siècles de franchir la rivière. Tout a changé autour de moi. La ville s'est boursoufflé, a blanchi, s'est rendue coquette. Moi je reste égal et fidèle à ma rivière et à la verdure qui s'abrite à mes pieds. On a apposé récemment une plaque qui me distingue et fait de moi un monument, moi qui ne suis qu'un pont ayant de la mémoire.

J'en ai tant vu. Des charrettes, des ânes, des animaux de tout poil et des hommes. Ils étaient des milliers à s'essuyer les pieds sur mon tablier, en venant des chemins de terre. Il en vient encore de Puenta la Reina, mais moins qu'autrefois.

Je sens leurs pieds brulants lorsqu'ils s'arrêtent et posent leurs mains sur mon parapet. Certains ont la tête vide, d'autres ont tant de mots qui leur sortent du crâne qu'on dirait une chevelure.

Je ne sais ce qui les pousse ainsi vers Compostelle, mais je leur donne raison de marcher tant que la terre porte le nom de planète bleue. Dans mille ans , je serai encore là. S'essuiera-t-on toujours les pieds sur mon tablier?

Los Arcos le 3 juin 2016

Toute ma gratitude aux bénévoles qui tiennent l'albergue de cette association autrichienne, impressionnante de propreté, de fonctionnalité et d'espace de détente dans l'un desquels, contre quelques euros, j'ai pu bénéficier d'un massage!

Publié dans Compostelle

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