Petit rituel de retour

Publié le par Denis

 

J'étais hier soir au rituel de retour d'un camp d'ados. 

D'abord on attend au début du quai et on laisse passer le flot des voyageurs.

Nos jeunes ne sont pas dans ce tumulte.

Lorsqu'on voit passer les agents SNCF qui poussent les fauteuils des passagers à mobilité réduite, on se dit qu'on peut avancer. Souvent ils se trouvent en groupe au bout du quai. Le temps d'y aller laisse encore de quoi se préparer à la rencontre.

Des effluves d'ados mouillés nous indiquent qu'on n’est pas loin. Ah ! ils sont là, émergents des sacs ! Leurs bras se confondent avec les manches de guitare. Ils sont penchés, et vacillent l'un vers l'autre comme des roseaux le long d'un étang. Une règle: attendre qu'il ou elle vienne à vous pour l'embrasser. Ne pas brusquer ce moment, c'est encore fragile. Comme des spéléologues qui remontent à la surface, leurs yeux ont besoin de temps pour vous voir.

Alors ça va? Ose-t-on!

 Et on se dit que la question est d'une banalité sans rapport avec ce qu'il vit. On n'attend pas la réponse, d'ailleurs car aussitôt après avoir dit: ouais, super ! Votre ado vous rappelle que ce n'est pas fini. Ils se sont donné tous rendez-vous au bout du quai.

Là se poursuit l'interminable séance d'adieu. D'autres parents sont là pour vous aider à passer ce temps.

On papote : vous avez eu des nouvelles? Non et vous? Pas de carte mais un coup de téléphone, c'est toujours ça!

Leurs bras sont comme des tentacules et n'en finissent pas d'entourer des corps. Ils ne se disent presque rien avec la voix, mais tout passe par le corps. Il faut délier tous ces fils noués au long de ces trois semaines. Et certains les ont bien emmêlés.

Nous, on regarde de temps en temps pour voir si la pelote s'effiloche un peu et on se dit qu'on a drôlement de la chance de vivre ça! Des ados qui s'aiment et se le disent parce que ce qu'ils ont vécu leur permet de le faire.  

 Lorsque la dernière vague d'amitié les a laissés pantelant, ils se tournent vers vous et dans un immense effort pour faire face à la réalité, vous disent : on y va !

Alors la rue les happe. Le sac pèse soudain très lourd. Il n'est plus qu'un sac.

Vous vous faites léger. Vous êtes le père d'un ado retour de la Cité...

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