La Terre et l'Ombre

Publié le par Denis

 

Assise devant la porte de sa maison, seule,

Une femme tremble et sourit étrangement,

Éclairée par les rayons obliques du soir.

Ce qu’elle avait de plus cher s’en est allé.

La mort a emporté son fils,

Une camionnette son mari, sa belle fille et son petit-fils.

 

Elle devra se nourrir de leur présence lointaine

Pour vivre désormais sur cette terre

Cernée par une nature hostile.

 

Des cultures industrielles de canne à sucre

Ont envahi la terre rouge et profonde

Où elle cueillait autrefois les fruits des vergers.

Chaque feu qui désormais précède la récolte

Répand alentour ses cendres noires

Instillant leurs dards dans les poumons fragiles

Comme l’étaient ceux de son fils perdu.

 

L’arbre centenaire lui servira d’ombre

Le chant des oiseaux de compagnie

Et le chemin de souvenir.

 

Elle les rejoindra par un autre chemin

Celui qu’elle a choisi depuis toujours,

Qui n’emprunte pas la voie tracée par des hommes.

 

Ce chemin vertical, elle va le parcourir

Sans changer de lieu ni de vie

Jusqu’à devenir si légère que ni l’arbre,

Ni les oiseaux ne pourront la retenir

Dans son ascension vers ceux qu’elle a le plus aimé.

 

 

A César Acevedo, réalisateur colombien du film du même nom

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